« La famille MIERE doit des excuses à un enseignant »

Un jour, l’un de mes frères, mécontent d’une remarque faite à un autre, va s’expliquer avec un enseignant.

Papa l’apprend.
Assemblée générale familiale.

— Je suis enseignant. Votre maman est enseignante. Je suis élu, responsable de trois écoles… et mes fils se comportent ainsi avec un enseignant ? C’est inacceptable !

Et voilà Papa qui convoque l’école, le respect, sa fonction d’enseignant, celle de Maman… tout le monde !

Le soir, une seule phrase apparaît dans son carnet :
« La famille MIERE doit des excuses à un enseignant. »

Quelques jours plus tard, nous voilà tous en route vers l’école.

Devant : Papa et Maman. Papa porte la petite dernière qui, chemin faisant, répète :
« École. Respect. »

Derrière : les autres enfants, beaucoup moins enthousiastes, avec une phrase parfaitement apprise :

« Nous sommes désolés. Cela ne se reproduira plus. »
Excuses présentées.

Affaire terminée ?
Pas avec Papa.
Il organise ensuite une réunion avec ses collaborateurs sur le sujet.

Chez Théodore Miere, même une affaire familiale pouvait devenir matière à réflexion collective.
Ah, ce cher Papa ! ❤️

Dans son exemplaire très usé de Réussir de Michel Quoist, certains passages soulignés et annotés par mon père prennent pour moi une résonance particulière avec ces souvenirs d’enfance :

« Se construire, construire sa vie et construire le monde. »

Réfléchir. Prendre conscience. Puis agir.

Réussir… mais comment ?

Auprès de lui, les yeux brillants, souvent pieds nus, sous un arbre, les coudes posés sur ses genoux, je buvais ses paroles.

Il me parlait d’ouverture aux autres, de travail, d’excellence, de mérite, de respect, de tolérance.

Il fallait étudier. Lire. Écrire. Contribuer.

Mais la réussite dont il nous parlait ne semblait pas devoir se construire contre les autres. J’ai gardé de ces conversations une idée forte : on pouvait — et peut-être même devait-on — réussir avec les autres.

Il n’était pas nécessaire d’éteindre quelqu’un pour briller soi-même.

Avec les mots qui sont les miens aujourd’hui, je formulerais ainsi ce que j’ai retenu de ces conversations :

Réussir sans détruire les autres.
Briller sans éteindre les autres.
Réussir et construire ensemble.
Réussir sans perdre le sens du collectif.
Réussir sans perdre son humanité.

Papa avait sa manière bien à lui de transmettre ces principes.

Sa voix grave, son style engagé, parfois poétique, toujours rigoureux ; ses coups de gueule, ses anecdotes et ses belles phrases…

Uune question demeure :

Quelle place faisons-nous aux autres dans notre manière de penser la réussite ?

Peut-être faut-il parfois cesser de demander seulement aux individus s’ils ont suffisamment de volonté, de mérite, d’ambition ou de persévérance.

Et regarder aussi les environnements que nous construisons autour d’eux — et dans lesquels nous évoluons nous-mêmes.

Car la capacité d’agir n’est peut-être pas seulement une qualité que l’on devrait rechercher à l’intérieur des individus.

Elle dépend aussi des relations de confiance, des possibilités de coopération, de la reconnaissance, des ressources accessibles et, parfois, très simplement, de quelqu’un qui tend la main au bon moment.

Parce qu’aller jusqu’au bout demande parfois de tenir bon.

Et parfois, simplement, de trouver une main tendue. ❤️

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