Fonds Théodore & Claire Miéré
Paroles de vie, notes et pensées.
Quand les paroles deviennent des ressources pour vivre
Héritages familiaux, santé mentale et médiations du quotidien
Depuis plusieurs mois, je reconstruis progressivement les archives de mes parents.
Au départ, il s’agissait simplement de retrouver quelques photographies, quelques carnets, quelques dossiers, quelques fragments d’une histoire familiale que le temps avait dispersés.
Puis quelque chose d’inattendu est apparu.
Je me suis aperçue que certaines phrases de mes parents continuaient à m’accompagner, parfois plusieurs décennies après les avoir entendues.
Longtemps, je les avais considérées comme de simples paroles du quotidien.
Aujourd’hui, je les comprends autrement.
Elles sont devenues des ressources.
Des repères.
Des points d’appui.
Des manières de regarder le monde.
Mon père répétait souvent :
« L’autre, c’est autre nous. »
Ou encore :
« Il faut apprendre la langue de l’autre ; cela rapproche. »
Et aussi :
« Chacun apporte le peu qu’il peut. »
Ma mère disait avec beaucoup de simplicité :
« Tous les souvenirs ne sont pas douloureux. »
Pendant longtemps, ces phrases ont simplement accompagné notre vie familiale.
Aujourd’hui, je mesure qu’elles ont aussi façonné une manière d’habiter les relations humaines.
Elles ne m’ont pas donné des réponses à toutes les épreuves.
Elles n’ont pas empêché les difficultés.
Elles n’ont pas supprimé le deuil, les violences ou les ruptures.
Mais elles sont restées.
Comme des repères silencieux.
Comme des ressources intérieures auxquelles il est possible de revenir lorsque le monde devient plus fragile.
Des paroles qui soutiennent
En santé publique, en psychologie et dans les sciences sociales, les chercheurs montrent depuis plusieurs années que les histoires familiales, les récits, les rituels et les paroles transmises contribuent à construire le sentiment de continuité, l’identité et les capacités d’adaptation face aux épreuves.
Ces ressources ne remplacent jamais un accompagnement médical, psychologique ou social lorsque celui-ci est nécessaire.
En revanche, elles peuvent contribuer au bien-être psychique, à la résilience et au maintien du lien social.
Autrement dit, certaines paroles deviennent des ressources symboliques.
Elles permettent de continuer à penser, à espérer, à agir et à entrer en relation.
Les médiations les plus discrètes
Pendant longtemps, mes recherches se sont intéressées aux médiations numériques, aux organisations, aux plateformes, aux acteurs intermédiaires et aux dispositifs de prévention.
En reconstruisant les archives de mes parents, je découvre aujourd’hui un autre niveau de médiation.
Les médiations familiales.
Les médiations langagières.
Les médiations mémorielles.
Une photographie conservée.
Une archive sauvée.
Une manière de dire simplement « papa ».
Une phrase répétée pendant des années.
Un rituel partagé.
Autant de gestes discrets qui contribuent eux aussi à maintenir des liens et à rendre le monde plus habitable.
Le Fonds Théodore & Claire MIERE
C’est dans cet esprit que j’ai souhaité créer sur mon blog le Fonds Théodore & Claire MIERE – Paroles de vie, notes et pensées.
Cette rubrique ne cherche pas à transformer quelques phrases familiales en vérités universelles.
Elle propose simplement de relire, à la lumière du temps, des paroles qui continuent aujourd’hui de dialoguer avec mes recherches sur les médiations, les vulnérabilités, les solidarités et les formes du vivre ensemble.
Peut-être chaque famille possède-t-elle, elle aussi, quelques phrases qui traversent les générations.
Des phrases que l’on entend enfant.
Que l’on oublie parfois.
Et que l’on comprend, un jour, autrement.
Peut-être est-ce aussi cela, transmettre.
Non pas seulement transmettre des savoirs.
Mais transmettre des ressources pour vivre.
Traces & Mémoire | Milie Théodora MIERE





































































































































