Bordeaux : la ville où j’ai trouvé ma place

Certaines villes nous accompagnent longtemps

« On ne devient jamais chercheur seul. Certaines villes nous offrent des savoirs.

D’autres nous offrent la confiance nécessaire pour les faire vivre. »

Certaines villes traversent une existence sans laisser de trace.

D’autres s’installent discrètement en nous jusqu’à devenir des repères.

Pour moi, Bordeaux est de celles-là.

Pendant plusieurs jours, j’ai partagé sur les réseaux sociaux quelques souvenirs liés à cette ville.

En relisant ces publications, j’ai compris qu’elles ne parlaient pas seulement de Bordeaux.

Elles parlaient de femmes et d’hommes qui ont contribué, souvent sans le savoir, à une partie de mon parcours.

Longtemps, j’y suis revenue pour des raisons familiales, universitaires ou scientifiques.

Aujourd’hui, avec le recul, je comprends que Bordeaux n’a jamais été seulement une destination.

Cette ville est devenue un lieu de mémoire, de recherche, de confiance et de transmission.

Pendant plusieurs jours, j’ai partagé sur les réseaux sociaux quelques fragments de cette histoire.

En les relisant, j’ai compris que je ne racontais pas une ville.

Je racontais les femmes et les hommes qui l’ont habitée.

Je racontais une confiance.


Une ville de mémoire

Bordeaux est d’abord liée à mon histoire familiale.

Ma mère aimait profondément cette ville.

Nous y avons partagé des moments simples qui continuent aujourd’hui encore d’habiter ma mémoire.

Lorsque je pense à Bordeaux, je repense aussi au rouge qu’elle aimait tant porter. Un rouge profond, un rouge Bordeaux, que je prenais parfois plaisir à lui chercher lorsqu’elle n’en trouvait plus.

Avec le temps, cette couleur est devenue bien plus qu’un détail.

Elle me rappelle son élégance, sa présence discrète et ces instants partagés dans une ville qui lui était chère.

Quelques années plus tard, Bordeaux est entrée dans mes livres.

Dans La Proie – Tome 2, elle devient le décor d’un passage vers l’autonomie. Celui d’une mère qui accompagne ses filles jusqu’au train avant de les laisser partir.

« Elles avancent.
Pas malgré tout.
Pas contre quelqu’un.
Elles avancent, simplement. »

Certains lieux deviennent des souvenirs.

D’autres deviennent des pages.

Bordeaux est devenue les deux.


Une ville de recherche

Au fil des années, Bordeaux est devenue un lieu où j’ai appris.

J’y ai participé à des colloques, des séminaires, des jurys de thèse, des soutenances et des journées d’étude.

J’ai eu l’honneur de rejoindre les travaux de la Chaire UNESCO.

Mais ce dont je me souviens le plus ne figure dans aucun programme.

Je pense aux discussions après les communications.

Aux repas partagés.

Aux échanges qui se prolongent tard dans la soirée.

À ces conversations où une idée en fait naître une autre.

La recherche ne se construit pas uniquement derrière un bureau.

Elle se construit aussi dans ces espaces où les savoirs circulent librement.

La recherche ne se construit pas uniquement dans les bibliothèques ou les laboratoires.

Elle se construit aussi grâce aux conversations, aux lectures partagées et aux rencontres qui ouvrent de nouveaux horizons.


Une ville de confiance

Il existe des lieux où l’on passe son temps à prouver sa légitimité.

Et puis il existe des lieux où l’on vous accueille avec confiance.

Pour moi, Bordeaux a été de ceux-là.

Je n’y ai pas seulement rencontré des collègues.

J’y ai rencontré des personnes qui ont reconnu mon travail.

Qui m’ont confié des responsabilités scientifiques.

Qui m’ont invitée à participer à des jurys de thèse, puis aux travaux de la Chaire UNESCO.

Qui m’ont dit, sans toujours le formuler ainsi :

« Tu comptes. »

Cette confiance a profondément orienté mon parcours.

Elle m’a encouragée à regarder vers le Congo, alors que je n’osais pas encore y retourner.

Elle m’a permis d’y développer des projets scientifiques et pédagogiques.

Elle m’a conduite à retrouver un pays, à renouer avec une partie de mon histoire familiale et, peu à peu, à construire une partie de mes recherches actuelles.

Avec le recul, je mesure combien une confiance accordée au bon moment peut changer une trajectoire.

Avec le recul, je comprends que l’on ne devient pas chercheur uniquement grâce à son travail. On le devient aussi parce que, parfois, d’autres voient en nous des possibilités que nous n’osions pas encore voir nous-mêmes.


Une ville de rencontres

On construit rarement un parcours seul.

Chaque rencontre laisse une trace.

Certaines deviennent des collaborations scientifiques.

D’autres deviennent des amitiés.

Toutes contribuent à notre manière de chercher, d’enseigner et de transmettre.

Au fil des années, Bordeaux m’a offert des collègues devenus de véritables compagnons de route.

Nous avons partagé des colloques, des jurys, des repas, des projets, des discussions qui se poursuivaient bien après les conférences.

C’est aussi cela, la vie universitaire.

Une communauté qui ne partage pas seulement des connaissances, mais aussi des moments de vie.

Lorsque ma mère est décédée, en pleine période de confinement, Bordeaux a contribué à ses hommages.

Je n’ai jamais oublié ce geste.

Deux collègues de Bordeaux étaient présents dans mon jury d’HDR.

En relisant mon parcours, je comprends que ces gestes, très différents les uns des autres, racontent pourtant une même histoire.

La recherche est faite d’idées.

Mais elle est aussi faite de relations humaines.

Et c’est peut-être ce que Bordeaux m’a le plus appris.


Merci, Bordeaux

En préparant cette série, je pensais écrire sur une ville.

Je voulais remercier Bordeaux.

Puis j’ai compris que je voulais surtout remercier les personnes qui m’y avaient accueillie.

Celles qui m’ont reconnue.

Celles qui m’ont fait confiance.

Celles qui m’ont encouragée à poursuivre mes recherches.

Celles qui ont accompagné ma famille.

Celles qui, sans le savoir, ont contribué à la chercheure, à l’enseignante et à l’autrice que je suis devenue aujourd’hui.

Les années passent.

Les projets évoluent.

Les recherches changent.

Mais certaines villes continuent silencieusement de nous accompagner.

Pour moi, Bordeaux restera toujours une ville de mémoire, de recherche, de confiance et de transmission.

Aujourd’hui encore, lorsque je pense à Bordeaux, je ne pense pas seulement à une ville.

Je pense à un lieu où l’on m’a fait confiance avant même que je ne mesure tout ce que cette confiance rendrait possible.

Je pense au lieu où j’ai trouvé ma place.

Merci, Bordeaux. ❤️


Au moment où j’écris ces lignes, mes pensées vont également à toutes les personnes touchées par les incendies qui ont frappé plusieurs régions de France, ainsi qu’aux femmes et aux hommes mobilisés pour protéger les habitants, les forêts et ces paysages qui font eux aussi partie de notre mémoire collective.

❤️

Bordeaux. ❤️
Au fil des années, Bordeaux m’a offert bien plus que des rencontres universitaires. Elle m’a aussi offert des paysages, des moments de calme et cette lumière si particulière du littoral girondin.

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