Traces & Mémoire

Traces & Mémoire

Se souvenir du passé et bâtir un pont vers l’avenir

À la mémoire, au présent.

« Un père est toujours un père, rien ne peut effacer cette empreinte si chère. »
— Charles-Simon Favart

Chères toutes et chers tous,

En 2020, en plein confinement, je me suis retrouvée responsable des archives, des écrits, des photographies et des souvenirs laissés par mes parents, répartis entre deux continents, au milieu de toutes les autres responsabilités du quotidien.

Dans un premier temps, tout semblait irréel. Comme si mes parents étaient simplement à côté, vivant leur vie normalement.

Puis une autre question est apparue :
« Pourquoi moi ? »

Et enfin est venu le temps de l’action.
Celui de “retrousser les manches”, selon l’expression que Théodore MIERE répétait souvent lors de ses « opérations retroussons les manches ».

Au fil des années, il a fallu :

  • remettre en ordre les archives ;
  • sauvegarder les photographies ;
  • reconstituer une partie d’une bibliothèque dispersée ;
  • transformer des écrits en livres ;
  • publier, transmettre et témoigner ;
  • faire circuler cette mémoire grâce au numérique.

Peu à peu, ce travail est devenu bien plus qu’un simple devoir de mémoire familial.

Ce fonds conserve non seulement des événements, mais aussi :

  • des pratiques quotidiennes ;
  • des engagements ;
  • des valeurs ;
  • des formes de transmission ;
  • des manières de penser, d’éduquer, d’encourager et d’habiter la vie.

À travers les archives apparaissent :

  • la pédagogie ;
  • le rapport au quartier ;
  • les opérations salongo ;
  • les bibliothèques familiales ;
  • les conversations du soir ;
  • les desserts rapportés après le travail ;
  • les solidarités familiales ;
  • les pratiques religieuses ;
  • les réseaux de soutien ;
  • les formes populaires d’entraide et de care.

Le parcours de Théodore MIERE donne à voir une figure d’enseignant, de journaliste, d’acteur territorial et de pédagogue engagé, attaché à l’éducation, à l’organisation collective et au développement communautaire.

Celui de Claire MIERE révèle la force discrète d’une organisatrice sociale du quotidien : une femme engagée dans l’éducation, les solidarités familiales, l’accompagnement des veuves, la vie religieuse et la transmission intergénérationnelle.

À travers leurs trajectoires se dessinent aussi :

  • des formes africaines de solidarité ;
  • des infrastructures relationnelles invisibles ;
  • des pratiques populaires de transmission ;
  • des stratégies de survie ;
  • des médiations affectives, sociales et spirituelles autour de l’éducation, du veuvage, de la famille et du quartier.

Les témoignages réunis dans ce fonds donnent chair à cette mémoire vivante. Ils révèlent une géographie relationnelle qui traverse : Brazzaville, Washington, Marseille, Strasbourg, la Grèce, le Mexique et bien d’autres lieux encore.

Ces voix racontent :

  • la présence ;
  • la disponibilité ;
  • l’hospitalité ;
  • l’écoute ;
  • la prière ;
  • le soin ;
  • la continuité des liens.

Elles montrent que cette mémoire dépasse aujourd’hui largement le cercle familial pour devenir une mémoire sociale, collective et transmise.

Aujourd’hui, ce travail prend progressivement la forme du :

Fonds Théodore & Claire Miéré

  • Biographies
  • Chronologie
  • Archives manuscrites
  • Presse
  • Photographies
  • Vidéos
  • Hommages
  • Carnets pédagogiques
  • Correspondances
  • Conférences
  • Publications
  • Témoignages
  • Paroles de vie, notes et pensées

Et lorsque, cinq ans plus tard, des lecteurs, des étudiants, des proches ou des institutions nous disent que cette mémoire continue de vivre, on se dit simplement :

« Ouf… »

Comme si, quelque part, ils veillaient encore.

Excellente journée à toutes et à tous.

MTM

Fonds Théodore Miéré

→ pédagogie, politique, territoire, organisation.

Fonds Claire Miéré

→ care, solidarités, transmission, veuvage, soutien social.

Paroles de vie, notes et pensées

Éducation & transmission

  • Éducation
  • Citoyenneté
  • Journalisme
  • Héritage
  • Motivation
  • Servir

Vie familiale & relations humaines

  • Amour
  • Famille
  • Mariage
  • Autorité
  • Solitude
  • Souvenirs
  • Sourire & joie de vivre
  • Silence & sagesse

Engagement & société

  • Développement
  • Économie
  • Agriculture
  • Droits
  • Femme
  • Sentiment d’appartenance

Spiritualité & existence

  • Foi et pardon
  • Engagement des chrétiens
  • Prières
  • Mort et deuil
  • Veuvage
  • Espoir et vie

Biographie de Théodore MIERE (1943 -1988)

Enseignant, chercheur, écrivain, journaliste, élu local, conseiller politique, homme engagé par la suite, père présent et aimant. Il fut l’un des premiers cadres du PCT, Membre du Comité Central et Président de la Cellule du Parti du quartier 57.

  • Un père exceptionnel

Monsieur Théodore MIERE était un père très présent. Il était là, malgré ses multiples occupations et il suivait la scolarité et les activités de ses enfants. Il leur fit découvrir les grands classiques de philosophie. Durant la scolarité des enfants, Monsieur MIERE faisait la connaissance de leurs maitres et maitresses, et leur disait de ne pas hésiter à lui communiquer tout incident ou tout mauvais comportement que ses enfants pouvaient avoir.

Il a appris à lire et à écrire à ses enfants qui ont grandi dans une maison où il y avait beaucoup de livres. Il aimait lire et il achetait beaucoup de livres, c’était une passion. Il avait un grand bureau à la maison équipé d’une bibliothèque munie de multiples de livres, romans de sciences fiction et bien d’autres. Il était important pour lui que les enfants grandissent dans une maison où il y avait des livres.

Les enfants étaient au courant de ses activités. Il leur arrivait souvent d’aller écouter leur papa faire ses discours. Tout le monde sait à quel point Monsieur Théodore MIERE tenait à ses enfants. Il a renoncé à un Doctorat en Allemagne, en Sciences politiques et Philosophie, pour veiller sur son fils malade une année durant.

Monsieur Théodore MIERE n’était pas très fêtard, à peine quelques gouttes de whisky qu’il s’accordait après avoir travaillé, il fêtait avec ses camarades de travail. Il était sérieux, c’était un bosseur. Il aimait offrir des cadeaux aux enfants, cuisiner le dimanche avec son ami Marcel, sortir les enfants et rendre visite à la famille. Pour lui, la fête ne venait qu’après une réalisation : le nettoyage de l’école un samedi matin avec d’autres parents d’élèves. Il prenait le temps d’expliquer l’histoire aux enfants, la géographie, les fleuves, les rivières, etc. Après son travail, il passait acheter un dessert, des bananes, des gâteaux sous forme de tortues ou de crocodiles pour ses enfants.

Son épouse et lui avaient un idéal de vie :  soutenir les gens de la famille et du quartier. Ils avaient foi en l’éducation,voulaient surtout que les membres de la famille puissent poursuivre des études et ils s’y sont investis. Ils ont constitué une grande famille qui vivait des moments de bonheur et de malheur, ce qui nécessitait une organisation et surtout la contribution de tous.

  • Son parcours et ses engagements

Monsieur Théodore MIERE était un homme engagé avec, au cœur de ses activités la mixité sociale dans un quartier pauvre avec l’installation de services publics. Il était responsable de la cellule du parti pour le quartier 57 à Ouénzé. A l’époque des élections populaires, il avait été élu membre du conseil municipal    de Ouénzé.

Après un passage au cabinet du Maire de Brazzaville où il était Conseiller, il fut, au niveau national, conseiller politique du Ministre de la santé et des affaires sociales. Il a obtenu son CEPE et le Brevet à Ndjambala, puis a suivi un cycle court au Lycée Savorgnan de Brazza. A cette époque, il y a carence d’enseignants au Congo. Il ira enseigner à Ouesso, Mokeko, Kinkala, Kindamba.

Il est nommé directeur d’une école à Kindamba de 1965 à 1968. Il est aussi directeur d’autres écoles à la Mosquée de Brazzaville, à Saint-Michel Ouénzé et à l’école de la Tsiémé. Il est titularisé à la Sangha et reçoit des mains du président de la république de l’époque M. MASSAMBAT DEBAT, un dictionnaire.

Rédacteur en chef du journal « Etoumba » en 1976, il a travaillé à l’INRAP (Institut National de Recherche et d’Action Pédagogique). Il avait été chargé de choisir les manuels scolaires au programme dans les écoles.

D’octobre 1980 à octobre 1985, il fut étudiant à l’école supérieure du Parti. Il en est sorti avec un diplôme en sciences sociales et politiques en 1985 (DESSP, niveau Bac+5) et devint professeur certifié de lycée, option philosophie. Il s’intéressait beaucoup au concept de « conscience politique » qu’il définissait comme la prise de conscience par un peuple, de sa situation sociale objective. Cette conscience politique déterminait le développement d’une société et contribuait également à la paix et au progrès social.

De 1985 à 1988, il fut Conseiller du Ministre de la santé, détaché à la direction de la Coopération. Il exerça comme juge non professionnel à la Cour révolutionnaire de justice.

Surnommé Descartes, le philosophe, pour ses qualités d’élocution et ses discours, il faisait partie des enseignants les plus gradés du Congo dans les années 80.

« Bâtissons notre pays à l’image des termites »

Monsieur Théodore MIERE observa et basa son raisonnement sur l’organisation des termites. Les termites, grâce à leur intelligence collective, sont capables de s’auto-assembler. Il n’y a pas de force privilégiée, un incident peut entraîner un défaut de fonctionnement de la chaîne. Le dégagement des signaux leur permet de ne pas se tromper de route. C’est la conjugaison des efforts qui prime « de main en main ».

C’était la phrase fétiche de Monsieur MIERE. Comme un slogan publicitaire, ce fut la base de son action. Il partit du principe que le développement d’un pays dépend de la contribution de tous, chacun donne le peu qu’il possède, dans son domaine de compétences, il peut s’agir d’une passion, d’une envie, etc. On donne son temps, son énergie, son argent, ses encouragements, etc.

Dans le quartier 57 Ouénzé, il lança et contribua à la mise en place des actions suivantes :

  • L’achat de l’ambulance

C’est pour la santé de ses enfants et celle d’autres habitants du quartier, qu’il était primordial et important que le quartier se dote d’un véhicule qui permet à chaque famille de se rendre à l’hôpital en cas d’urgence. Les habitants malgré leurs maigres revenus ont acheté une ambulance qui allait servir à tous. C’est ainsi que    dans le quartier, Monsieur MIERE et son équipe avaient eu l’idée de faire cotiser la population. A la fin des années 70, Mouléké a été le seul quartier de Brazzaville à se doter d’une ambulance sur fonds propres.

  • Tribunal de quartier

Après son passage à la cour révolutionnaire de justice, Monsieur Théodore MIERE eut l’idée de créer un tribunal dans le quartier pour régler les litiges de voisinage. Les recettes du quartier étaient envoyées au parquet. Pour ces différentes actions, il fut élu meilleur chef de quartier.

  • Maison de quartier : « Foyer populaire »

L’idée vint, à Monsieur Théodore MIERE et à son équipe, d’acheter un terrain,pour en faire une maison de quartier. Ainsi un atelier moderne de couture (pour réaliser les tenues scolaires des élèves) et un atelier de menuiserie étaient installés. Il fallut créer des recettes pour le quartier et proposer  un endroit où les personnes puissent s’éveiller, se distraire, se cultiver et se former. Cette salle devait servir pour les cérémonies, le principe était celui du fonctionnement solidaire. Les habitants du quartier étaient heureux de cette acquisition qui se présentait comme un lieu de vie du quartier.

Dans les années 80, le quartier disposait d’un dispensaire et d’une bibliothèque avec également la possibilité pour les jeunes du quartier de bénéficier d’un soutien scolaire.

Ses autres actions

  • Opération 2000 : il fit venir l’eau courante dans le quartier 57 ;
  • Construction de l’Ecole maternelle du quartier 57 Ouénzé, le dispensaire de Mouleke ;
  • Opération retroussons les manches – Salongo : chaque samedi, les parents d’élèves étaient invités       au nettoyage des écoles maternelles et primaires publiques Saboukoulou 1 & 2 ;
  • Organisation d’excursion et de colonies de vacances avec des jeunes à la Léfini, Odiba pour les travaux champêtres, l’occasion de découvrir la nature et de transmettre l’esprit de combativité
  • Rénovation de la Salle des mariages de la commune de Ouénzé avec affiché sur le mur son slogan préféré : « Bâtissons notre pays à la manière des termites » ;
  • Achat d’un véhicule pour le ramassage des ordures ménagères.

Homme de culture également, il investissait beaucoup dans des livres.

Pour Monsieur MIERE, il était important d’inculquer aux jeunes le sens et le goût du travail, le sens de l’épargne et le respect du bien public. Dans le quartier, il y avait également l’organisation des rencontres avec des jeunes de différents quartiers, de différentes couches sociales. Monsieur Théodore MIERE et son épouse ont fait le choix de vivre dans un « quartier populaire » pour pouvoir inciter et encourager les jeunes souvent défavorisés à faire des études, à poursuivre et à ne pas abandonner. Ils ont toujours cru à l’élévation par l’éducation, ils en étaient le fruit et ils ont transmis cette notion à leurs enfants, à leurs proches et à tous leurs élèves : «L’homme est l’acteur et le bénéficiaire de sa propre action ».

Les femmes pouvaient suivre des cours d’alphabétisation et étaient impliquées dans les actions mises en place.

Le Président Marien NGOUABI et Monsieur Théophile OBENGA étaient  venus féliciter les habitants du quartier 57 qui était un quartier pilote pour ses initiatives.

Monsieur MIERE sera qualifié d’homme sociable, sensible à l’intérêt général, à l’initiative individuelle, « Tali mu mburu » est sa devise, il faut croire en l’homme malgré les mauvais agissements de certains, « parce que l’Homme est aussi capable du meilleur ». Il croyait en la nature humaine et qu’elle était bonne. Il a encadré beaucoup de jeunes. Il tenait beaucoup à la réussite de ses enfants, de ses neveux, nièces et de ses administrés.

Monsieur Théodore MIERE a aimé, a agi et a contribué à l’ensemble commun. Il est décédé le 19 août 1988 et repose au cimetière du Centre-ville de Brazzaville – Congo. Il a laissé une veuve, 6 enfants.

Témoignage

Biographie de Claire MIERE (28 juin 1948 – 18 mai 2020)

Enseignante, militante, battante, ouverte d’esprit.

Une femme active, travailleuse, battante, une mère dévouée, une personne ouverte et au service des autres.

Née le 28 juin 1948 à Nkoua (région des Plateaux, Congo), de Felix MADZOU et de Joséphine OPELE.

  • Une excellente mère

Après une scolarité chez les religieuses de Nkoua, Mme Claire MIERE choisit d’être « mère » au foyer pendant 11 ans pour accompagner son mari, le soutenir dans ses engagements, s’occuper de l’éducation de ses enfants à temps plein et de la famille à Ouesso, Mokeko, Kinkala, Kindamba et Brazzaville dans le quartier 57, Ouenze. Avec son mari, elle va s’impliquer dans la scolarité et l’encadrement des plus jeunes de leurs deux familles, en plus de s’occuper de ses enfants. Ils vont œuvrer pour l’unité de leurs deux familles. Son père décède en mars 1988 et son mari en août de la même année. Elle s’est retrouvée mère, grand-mère, arrière-grand-mère célibataire du jour au lendemain et soutien d’une grande famille. Elle était le père et la mère. Il fallait beaucoup d’organisation pour pouvoir jouer ce rôle de parent célibataire. Elle a assumé ses responsabilités.

Elle s’est retrouvée seule à prendre des décisions éducatives. Elle avait déjà fait le choix de travailler à mi-temps pour être avec ses enfants. Après le décès de son mari, elle s’est retrouvée seule à assumer des choix éducatifs des enfants. Elle a fait en sorte que les études restent une priorité pour eux. Elle s’y est investi corps et âme. Ce n’était pas toujours facile. Pour les études des enfants, elle n’a pas ménagé ses efforts. C’était son projet avec son mari, elle se devait d’aller jusqu’au bout. Pour les examens, elle était disponible, elle ne travaillait que le matin au collège pour avoir le temps l’après-midi pour ses enfants et pour les autres activités. Elle vivait désormais une maternité augmentée, elle était désormais la mère et aussi le père. Elle veillait aux horaires. Il était difficile de faire le père et la mère en même temps, mais elle a appris. Il fallait veiller à la scolarité des enfants, suivre les devoirs, gérer les crises d’adolescence, suivre les fréquentations. Il fallait à la fois apporter l’affection et l’autorité, suivre les devoirs en poursuivant son travail dans le collège à mi-temps pour être présente. Lorsque les enfants préparaient leurs examens (Brevet, Bac, etc.), elle se rendait sur place, apportait à manger, c’était mieux que de se contenter de sandwiches. Lors des oraux, elle faisait de même et elle restait toute la journée et discutait avec d’autres parents. Il a fallu ensuite suivre, encourager les souhaits    de poursuite d’études. Il lui a souvent été dit : « tu es veuve, pauvre et tu veux que tes enfants fassent de longues études, partent à l’étranger, fréquenter de grandes écoles ».

Elle répondait « oui, nous avons également droit à ces possibles ». Elle accompagnait par ses prières, par des bougies allumées, des messes. Pour les études des enfants, il a fallu parfois qu’elle emprunte de l’argent, fasse des démarches interminables pour espérer leur trouver une bourse pour pouvoir soutenir leurs études. Elle devait se montrer disponible pour eux et pour le reste de la grande famille. Elle se retrouvait dans une nouvelle réalité maternelle et du célibat avec les maladies, les crises d’adolescence. Elle se retrouvait dans un horizon inconnu dans lequel il fallait à la fois vivre et survivre, ce qui demandait de la volonté et de la confiance. Elle se devait d’entretenir la foi malgré le sentiment d’injustice et la colère.

Veuve, Mme Claire MIERE a continué à recueillir ses neveux et nièces chez elle. Elle avait deux sœurs devenues veuves en même temps qu’elle avec de nombreux enfants, elles vivaient de petits commerces, elle se devait de les soutenir. Avec une autre sœur célibataire avec trois enfants, elles étaient les « ainées » d’une grande famille. Elles ont eu à gérer une cinquantaine de personnes pendant une trentaine d’années (naissance, décès,  hospitalisation, problèmes familiaux, conjugaux, etc.).

Elle avait retenu la devise de son mari, à chaque fois, dans le quartier ou dans la famille, elle allait « donner son peu ».

Monsieur Théodore MIERE disait toujours qu’il vaut mieux donner le peu qu’on peut et c’est

parfois (souvent) ce peu qui fait la différence. Elle a continué à ouvrir sa maison à ceux qui sont dans le besoin, elle a apporté un appui au quotidien.

Elle a assumé ses responsabilité jusqu’au bout. Elle a élevé ses petits-enfants et arrières petits-enfants. Elle  a poursuivi les engagements auprès d’autres et elle a continué à influencer positivement la vie d’autres individus. Elle ne prenait pas de vacances, elle était debout de 5h à 21h le soir.

Après le décès de son mari en1988, elle se retrouve veuve à 40 ans, avec 6 enfants et une petite fille. Auprès des enfants, petits-enfants, neveux, nièces, frères, sœurs, cousins, collègues, amis, elle poursuit son rôle, elle est présente, veille sur eux, et les encourage à toujours aller de l’avant.

Elle entretient la maison familiale, pour que les enfants puissent grandir dans l’espace prévu par leur père, pour qu’elle continue à être utile dans le quartier, pas dans le même engagement que son mari, mais à sa manière. Le jardinage renforce les relations, elle partage les légumes de son jardin-potager. Elle s’implique dans le quartier 57 Ouénzé et à l’église de Mouléké. Elle intègre les groupes de prière « La supplique » et la chorale des grégoriens. Elle apporte la communion et visite les malades, elle a été marraine et témoins de mariage à plusieurs reprises.

Après la perte de son mari, elle a continué à parler de lui et à lui parler comme s’il était toujours là, elle était convaincue que son âme était restée, qu’elle nous animait, nous dépassait,nous habitait et que nous devions rester en interaction les uns avec les autres. Il ne pouvait disparaître de notre vie, la famille avait appris à vivre autrement avec lui, à lui consacrer une journée particulière à se souvenir de lui. Après le décès de son mari, elle a institué que le jour de sa mort,soit le jour où l’on se remémore de lui, de sa personnalité, de ses projets, etc. avec la famille et les amis. Elle a ainsi institué qu’une messe en son honneur soit dite ce jour-là, elle allait avec ses enfants au cimetière du centre-ville nettoyer sa tombe. Elle a habitué ses enfants à ce que le jour du décès de leur père, ne soit pas  un jour triste et qu’ils continuent de parler de lui en disant « papa ». Non, il n’était plus là physiquement mais il n’avait pas disparu de leur vie, il était toujours là dans leur cœur, les enfants pouvaient continuer à lui parler et lui confier leurs peines et leur bonheur.

A chaque date d’anniversaire de sa mort, elle réunissait ses amis, quelques membres de la famille autour d’un repas, pour se souvenir de lui. Elle a gardé un lien fort avec les collaborateurs de son mari pendant 32 ans.

Du vivant de son mari, ils avaient tous les soirs leur conversation d’une heure pour faire le point de la journée, elle a continué à le faire en lui racontant ce qui se passait dans la famille. Elle a poursuivi ces conversations, leur complicité s’est prolongée, elle a toujours senti sa présence et elle a ainsi pu continuer à converser avec son mari.

Elle a publié, chaque année, pendant trente et un ans un article sur son mari, dans La semaine africaine « In memoriam » dans lequel elle rappelait les grandes lignes de sa vie et évoquait aussi le fait qu’il leur manquait. Pour les 25 ans du décès de son mari, elle avait eu l’idée de réunir toute la famille, son époux n’était pas chrétien, mais une messe lui semblait intéressante. L’église était pleine à craquer, elle était impressionnée que 25 ans après son décès, les gens se souvenaient encore de son époux.

Engagements et activités dans le quartier

  • Organisation de la vie sociale

Au Congo, toute femme qui a eu des enfants devient « la maman » de tout le monde et à son tour, elle adopte tous les enfants qui ont l’âge des siens. A partir de 1993, la famille s’est agrandie avec l’arrivée progressive de belles-filles, beaux-fils et de petits enfants. Mme Claire MIERE s’est toujours organisée pour préparer le repas, quelque chose à manger quand les enfants préparaient leurs examens ou faisaient leurs devoirs avec leurs amis.

Elle a toujours apprécié tout ce qui touche à la convivialité. C’est donc elle qui organisait les fêtes, les anniversaires, les fêtes de fin d’année, Elle s’occupait des repas et d’invitation de sa famille et de celle de son mari. C’était classique, souvent ce sont les femmes d’ici ou d’ailleurs qui organise ce type d’organisations.

Lorsqu’elle organisait des réceptions, son mari lui faisait confiance pour l’ensemble. Il venait et  contribuait. Il n’avait rien contre mais les fêtes, ce n’était pas trop son truc.

A Noël, il achetait des cadeaux pour les enfants, quand il revenait du travail, il avait toujours quelque chose pour eux. Mme MIERE avait institué des repas avec leurs deux familles, pour les fêtes de fin d’année, certains dimanches ou à de multiples occasions. Ses enfants avaient droit à un budget pour recevoir leurs amis et fêter leur anniversaire. Lorsque les enfants ont quitté la maison, elle rendait visite, s’occupait des petits enfants, leur passait un coup de fil pour souhaiter leur anniversaire et elle a constitué un dossier pour chacun d’entre eux, avec les documents importants de leur vie (carnets de santé, diplôme, etc.).

Lorsque les enfants sont partis de la maison, Mme Claire MIERE a gardé des contacts avec leurs anciens amis. Pour les enfants qui sont partis à l’étranger, elle a été le lien avec leurs amis restés au pays qu’elle continuait à soutenir. Ceux qui avaient perdu leur maman entre-temps la considéraient comme une seconde mère.

Avec les amis de ses enfants, ils ont constitué une seconde famille. Leur maison restait un foyer populaire où on accueillait tout le monde, en permanence, sauf la nuit. Il y a ceux qui venaient prendre le petit déjeuner, ceux qui venaient pour le repas de midi, d’autres, c’était pour le soir ou juste pour confier les bonheurs et les malheurs de la vie, partager les outils de jardinage, garder les appareils de répétition de la chorale, recevoir les grégoriens pour les répétitions. C’était un groupe soudé, il y avait entre eux de la chaleur humaine. Ils sont devenus comme des frères et sœurs dans l’entraide et la réparation. Ils organisaient également des recollections thématiques : carême, avent, conversion, musique grégorienne sur un lieu différent à chaque fois, chacun apportait son repas.

Elle souhaitait transmettre ces espoirs des possibles non seulement à ses enfants mais également à ceux qui lui avaient fait l’honneur de la faire entrer dans leur vie.

Mme Claire MIERE fait en sorte que la maison soit toujours très animée. Il y avait toujours du monde, les fidèles amis. Elle a été marraine et témoins de mariage à plusieurs reprises. Des amis, collègues, proches étaient invités lors des anniversaires des enfants.

Elle a poursuivi cette vie sociale après le décès de son mari et continué à ouvrir la maison à ceux qui étaient dans le besoin. Ce qui lui a permis d’avoir une vie sociale plus enrichie avec l’intégration des groupes à l’église, de l’association des veuves, la poursuite des relations avec les collègues et amis.

Elle a continué à organiser les fêtes de fin d’année et l’anniversaire des enfants. Elle a encouragé la vie sociale et amicale. Ce n’était pas une manière de combler le vide mais une manière de vivre avec.

  • Son engagement auprès des élèves et dans le quartier.

En 1976, Mme Claire MIERE avait repris les cours du soir, dans le cursus formation que son mari avait mis en place dans le quartier pour des adultes. Elle avait choisi l’enseignement car l’éducation était au cœur de ses principes et elle voulait servir. Elle passe le concours d’institutrice adjointe, elle exercera au CEG de la Paix (1976-1990, 14 ans) et au CEG Matsoua (1990-2002, 12 ans), à Brazzaville. Avec son mari, ils ont ainsi poursuivi leurs projets professionnels et leurs engagements auprès des autres tout en assumant des charges familiales importantes.

Elle est consciencieuse dans son travail, auprès des collègues et des élèves, désireuse de les voir progresser.

Avec son mari, elle va m’impliquer dans la scolarité et l’encadrement des plus jeunes de leurs deux familles, en plus de s’occuper de leurs enfants. Ils ont œuvré pour l’unité de nos deux familles. Après le décès de son mari, elle choisit de poursuivre les engagements. Elle est restée au service de ses élèves, des amis de ses enfants. Elle devait faire preuve d’amour, de présence, de disponibilité et mettre en place des projets. Elle devait aider les enfants à être autonomes, avoir un esprit d’initiative et d’avoir une vie sociale enrichissante.

  • Son implication auprès des femmes

Mme MIERE a poursuivi son implication dans le quartier auprès des femmes. Elle avait choisi ses combats dans le quartier et à l’église, le soutien à d’autres femmes et aux élèves. Donner de l’espoir, changer des vies, témoigner auprès d’autres femmes, préserver ce pourquoi on a travaillé et on s’est sacrifié Une femme qui travaille est sûre de ses capacités et de ses valeurs, elle existe, elle sert. Ce qui épanouit une femme, c’est ce qu’elle fait de ces journées. Elle a appris aux femmes que leur vie ne devait pas tourner autour d’un homme, qu’elles ne devaient pas vivre dans son ombre, ne pas s’oublier et juste traverser la vie. Elles devaient avoir leur vie, leur rêve, avoir des projets, des amis, une communauté sur laquelle s’appuyer, avoir une équipe, travailler avoir une vie à mener. Avoir une activité, ce n’est pas uniquement pour gagner de l’argent mais lorsque l’homme paie tout, lorsque tout dépend de lui, les charges et tout le reste, il y aura forcément un manque de respect. Une femme qui a une activité est respectée et force l’admiration. La femme peut travailler dans un bureau ou avoir un commerce même de chez elle, en étant à la maison. Le cerveau a besoin d’être actif, réfléchir, faire ses comptes, s’occuper, etc. permettent de conserver une bonne santé morale et physique et que l’on arrive à vaincre toute sorte de maladie. Elle encourageait également ces femmes à aller le plus loin possible dans les études. Une fois qu’on a des enfants, il est difficile de cumuler une vie de famille, un travail, l’éducation des enfants et faire des études dans le même temps. Mme Claire MIERE a repris ses études alors qu’elle était mariée, avait 30 ans et 8 enfants à la maison. Elle pouvait témoigner de la difficulté. Le 1er atout de la femme, c’est son instruction, son éducation, le meilleur héritage qu’elle puisse laisser à ses enfants, c’est la formation, l’éducation et le fait qu’ils soient armés sur le plan éducatif. Un mari peut quitter ou mourir, le matériel peut disparaître.

  • Soutien aux veuves, orphelins et propositions

Pour partager son expérience, Mme Claire MIERE a soutenu les veuves et les orphelins en difficultés. Des veuves manquent souvent d’information et veulent protéger les enfants du harcèlement et des pressions choisissent de souffrir en silence et de déménager très loin pour recommencer une nouvelle vie. Les veuves encadrées étaient souvent instruites, croyantes, occupent des logements conjugaux ou familiaux et ont des ressources. En fait, la femme est partagée entre le respect des traditions, ces rites inhumains présentés comme faisant partie des coutumes et tradition et pérennisés par d’autres femmes de la communauté et parmi elles nombreuses sont instruites et occupent une position sociale. Pour ces veuves, la mort du mari signifiait la disparition des droits et une sorte de vulnérabilité, ce qui touche à leur intégrité physique, psychique, économique. Elles sont nombreuses à vivre la spoliation des biens. Mme Claire MIERE a fait bénéficier d’autres veuves de son expérience et de ses connaissances en s’appuyant sur les services d’une avocate et en montant une association des veuves de Mouléké en octobre 1988, à peine deux mois après le décès de son mari (mort en août 1988). Alors qu’elle était elle-même en difficultés, elle s’est dit « l’union fait la force ». Elle est restée engagée dans cette association jusqu’en 2020 (année de son décès), donc 32 ans d’engagement au sein de cette structure, il y avait également des activités, Mme Claire MIERE tenait les comptes de l’association.

Beaucoup de veuves ne connaissent pas leurs droits. L’association des veuves de Mouleké avait mis en place des ateliers pour aider les femmes dans les démarches administratives et avait organisé les ateliers d’encadrement pour les orphelins. Des actions avaient été initiées auprès des autorités. Il était important que la veuve apprenne à monter son dossier pour pouvoir percevoir la pension de veuvage et qu’elle sache se défendre, mais lorsque l’on n’est pas accompagné, c’est difficile de faire face au non-respect des dernières volontés par la belle-famille. Les successions sont pourtant prévues et bien précisées par le Code de la famille.

Mme Claire MIERE a toujours tenu à rester digne et présente. Elle était désormais la sage auxquels les nouveaux dans le quartier faisaient appel. Elle aidait à la résolution des problèmes dans la famille. Il lui fallait perpétuer les principes et valeurs définis avec son époux. L’héritage qu’elle souhaitait léguer à ses enfants, c’est le travail réalisé, le travail dévoué, les efforts réalisés pour la famille, pour notre pays que nous sommes fiers de perpétuer même si la vie peut paraître cruelle et injuste.

Le 18 mai 2020, Mme Claire MIERE a rejoint son mari après 32 ans de veuvage. Elle repose en face de lui au cimetière du Centre-ville de Brazzaville – Congo. Elle laisse 6 enfants, 15 petits enfants, 6 arrières petits-enfants, une famille, des amis, des anciens collègues, des connaissances qui vont continuer à l’aimer.

Témoignages

Famille

Amis

Élèves

Voisins

Diaspora

Femmes accompagnées

Collègues

« Une femme de cœur, fidèle et loyale »

S. Washington, USA

« Une maman devenue veuve très jeune, qui refusa de se remarier et demeura fidèle, durant 32 ans, à son amour de mari défunt. Elle se consacra seule à l’éducation de ses enfants, avec la réussite que l’on sait ». M., Washington, USA

« Je n’oublierai jamais son sourire, sa bienveillance et son regard parfois austère … sans  oublier les repas qu’elle nous préparait chaque fois que je venais chez elle » J-B, Grèce

« J’ai encore dans mon frigo des légumes qu’elle avait donnés pour ma femme »  D., Mexique

« Peu avant sa mort, elle passait encore du temps auprès de moi à me réconforter »  M-S, Congo

« Chaque fois que j’étais en retard à l’école, maman me rappelait combien il était important de faire des études »

C., Marseille, France

« Chez elle, tout le monde avait une place, elle ne faisait pas de différence »  C., Strasbourg, France

« Je me souviens des repas que votre maman faisait pour la préparation au Bac » D. Paris

« Lorsque mon papa est décédé, elle est restée à mes côtés pendant des jours, elle va me manquer »

P., Brazzaville, Congo

« Une femme de valeur, fervente dans ses prières, tout au long de son existence. Une femme de cœur, combattante qui a offert sa vie pour les autres ».

« Nous n’oublierons jamais ses bienfaits ».

« Une maman simple, belle et rayonnante qui a toujours partagé autour d’elle, le peu qu’elle avait ».

«      Avec la grâce de Dieu, tout était possible »

« Nous nous souviendrons toujours de cette maman qui nous a tant aimée »

« Nous avons perdu un pilier », Dorothée, Brazzaville, Congo

« Ma Miere : Monoko polele, Maboko polele »,Ma cécile, Brazzaville, Congo

Fonds Théodore Miéré

→ pédagogie, politique, territoire, organisation.

Fonds Claire Miéré

→ care, solidarités, transmission, veuvage, soutien social.

Paroles de vie, notes et pensées

Éducation & transmission

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  • Femme
  • Sentiment d’appartenance

Spiritualité & existence

Interview Radio Mucodec : Emission monde des Femmes !

SAMSUNG CAMERA PICTURES

En 1984, Théodore MIERE entreprend un DESSP de Sciences politiques, option Philosophie et choisit d’écrire un mémoire sur la « conscience politique » et d’apprendre le Kituba (2ème langue nationale du Congo) en s’appuyant sur des grands auteurs, ici Paul Valéry (sur l’importance de la lecture) et Anatole France.

Un clin d’oeil à Franck MONNIER que je remercie !

Une pensée à Théodore MIERE et sa « manie »‘ de mettre les dates d’achat des livres et de signer…

Et quand c’est un cadeau, il indique également.

Ce qui a aidé dans l’écriture de sa vie, de ses luttes, ses engagements, ses convictions, son « héritage » !

Je suis surtout « folle » de son écriture calligraphique et de ses citations !

Excellente journée !

Interview Radio Mucodec : Emission monde des Femmes !

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En 1984, Théodore MIERE entreprend un DESSP de Sciences politiques, option Philosophie et choisit d’écrire un mémoire sur la « conscience politique » et d’apprendre le Kituba (2ème langue nationale du Congo) en s’appuyant sur des grands auteurs, ici Paul Valéry (sur l’importance de la lecture) et Anatole France.

Un clin d’oeil à Franck MONNIER que je remercie !

Une pensée à Théodore MIERE et sa « manie »‘ de mettre les dates d’achat des livres et de signer…

Et quand c’est un cadeau, il indique également.

Ce qui a aidé dans l’écriture de sa vie, de ses luttes, ses engagements, ses convictions, son « héritage » !

Je suis surtout « folle » de son écriture calligraphique et de ses citations !

Excellente journée !