Le Foyer populaire : là où tout a peut-être commencé…

15 août – Fête de l’Indépendance du Congo

Chaque année, le 15 août est, pour de nombreux Congolais, un jour de célébration nationale.

Pour moi, cette date évoque aussi un souvenir plus personnel.

Enfant, je voyais mon père participer aux cérémonies officielles, prendre la parole devant les habitants, échanger avec les familles, visiter les réalisations de la localité. Après les défilés, les discussions se poursuivaient souvent autour d’un repas partagé.

Pendant longtemps, j’ai considéré ces souvenirs comme de simples souvenirs d’enfance.

Aujourd’hui, en classant les archives familiales, je les regarde autrement.

Je comprends progressivement qu’ils racontent une certaine manière de concevoir l’action publique.

Mon père avait imaginé un lieu qu’il avait choisi d’appeler « Foyer populaire ».

Ce n’était pas seulement un terrain ou un bâtiment.

C’était un projet de développement local.

Autour de ce lieu se sont progressivement développés une école maternelle, deux écoles primaires, une bibliothèque, un théâtre, un tribunal de proximité, une coopérative, un dispensaire, ainsi que d’autres équipements destinés à améliorer les conditions de vie des habitants. Des projets d’école professionnelle et de collège étaient également envisagés.

Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que le projet ne reposait pas uniquement sur des infrastructures.

Il reposait aussi sur la participation.

Les parents d’élèves se retrouvaient le samedi matin pour les opérations de salubrité.

Les habitants participaient au nettoyage des espaces communs.

Un véhicule assurait le ramassage des ordures.

Les réunions publiques permettaient d’échanger sur les besoins de la localité.

L’objectif n’était pas seulement de construire.

Il s’agissait de faire vivre un territoire avec celles et ceux qui l’habitaient.

À l’époque, je n’avais pas les mots pour décrire ce que j’observais.

Aujourd’hui, je retrouve dans ces archives des notions que les chercheurs mobilisent pour analyser les politiques publiques : développement territorial, participation citoyenne, prévention, coordination des acteurs, environnement favorable, mobilisation communautaire.

Je ne cherche pas à relire le passé avec les concepts d’aujourd’hui.

Mais je suis frappée par la manière dont certaines intuitions traversent les générations.

En poursuivant mes recherches en sciences de l’information et de la communication, puis en santé publique, une question est progressivement devenue centrale pour moi :

Comment des institutions, des organisations, des associations, des professionnels et des citoyens parviennent-ils à agir ensemble pour améliorer durablement les conditions de vie des populations ?

Avec le recul, je mesure que cette question ne s’est pas imposée du jour au lendemain.

Elle s’est construite progressivement.

Au fil des terrains.

Des rencontres.

Des collaborations scientifiques.

Mais peut-être aussi, sans que je le sache encore, dans ce lieu appelé Foyer populaire, où j’ai vu très tôt se croiser éducation, santé, solidarité, engagement citoyen et action publique.

Le 15 août célèbre l’indépendance d’un pays.

Pour moi, il est aussi l’occasion de rendre hommage à celles et ceux qui, souvent loin des projecteurs, ont consacré leur énergie à construire, avec les habitants, des espaces où la vie collective pouvait s’organiser.

En relisant aujourd’hui les carnets, les photographies et les archives de mon père, je comprends que certaines histoires familiales dépassent le cadre de l’intime.

Elles deviennent aussi des fragments de mémoire collective.

Archives familiales — Théodore Miéré lors de rencontres publiques & au Foyer Populaire avec ses collaborateurs et les habitants. Quartier 57, Ouenzé.

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