Chères toutes et chers tous,
J’ai eu le plaisir de présenter une communication à l’École nationale d’administration publique (ENAP) de Québec, dans le cadre du Symposium international « Regards croisés sur les transformations de la gestion et des organisations publiques ».
L’ENAP occupe une place particulière dans l’espace francophone nord-américain. Spécialisée dans l’administration publique, les politiques publiques et la gouvernance, elle réunit chercheurs, doctorants, praticiens et responsables publics autour des transformations contemporaines de l’action publique.

La communication présentée s’appuie sur les travaux du Professeur Loïc Josseran (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et du Professeur Jacques Ibanez Bueno (Université Savoie Mont Blanc).
Les réflexions développées s’inscrivent également dans plusieurs échanges et travaux conduits autour des terrains congolais, notamment avec le Dr Tiburce Massanga.
Une question simple : qui fait aujourd’hui la prévention ?

Dans de nombreux contextes marqués par des fragilités institutionnelles, des inégalités territoriales d’accès aux soins ou des déficits d’infrastructures sanitaires, la prévention ne repose plus uniquement sur les institutions de santé.
De nouveaux acteurs participent désormais à la circulation des informations sanitaires, à la sensibilisation des populations et à l’orientation indirecte des parcours de prévention :
- opérateurs télécoms ;
- plateformes numériques ;
- organisations mutualistes ;
- médias communautaires ;
- associations et réseaux locaux.
Cette évolution conduit à interroger ce que nous proposons d’appeler une santé publique distribuée, dans laquelle les fonctions de prévention sont partagées entre une pluralité d’acteurs publics, privés et communautaires.
De la diffusion de messages à la production de confiance
L’un des principaux enseignements de cette recherche est que l’efficacité de la prévention dépend moins de la simple diffusion des messages que des conditions sociales de leur réception.
La confiance apparaît ici comme un élément central.
Elle se construit à travers :
- la répétition des interactions ;
- la proximité territoriale ;
- la continuité organisationnelle ;
- la crédibilité des intermédiaires mobilisés.
Autrement dit, la prévention est aussi un processus relationnel.

Gouvernance, action publique et médiations
Au-delà de la santé publique, cette réflexion interroge les transformations contemporaines de l’action publique.
Comment gouverner des dispositifs qui produisent des effets sanitaires sans être formellement des acteurs de santé ?
Comment articuler plateformes numériques, organisations intermédiaires et institutions publiques ?
Comment préserver l’intérêt général lorsque certaines fonctions de prévention reposent sur des infrastructures privées ou communautaires ?
Ces questions apparaissent aujourd’hui centrales dans les débats sur la gouvernance, la transformation numérique des organisations et les politiques publiques.

Quelques pistes de réflexion
Cette communication m’a permis de poursuivre un travail engagé depuis plusieurs années autour :
- des médiations numériques ;
- de la communication pour la santé ;
- des vulnérabilités sociales et territoriales ;
- de la circulation de l’information ;
- des dynamiques Nord-Sud ;
- et des transformations contemporaines de l’action publique.
Elle s’inscrit dans un programme de recherche plus large consacré aux relations entre communication, prévention, gouvernance et santé publique.
Au-delà de la communication elle-même, ce déplacement à Québec a également été l’occasion de nombreuses rencontres et échanges qui rappellent combien la recherche est avant tout une aventure collective. Les discussions menées durant le symposium, les retours des participants, les conversations informelles et les rencontres réalisées au fil du séjour ont contribué à enrichir la réflexion présentée.
Quelques heures avant de quitter Québec, une promenade improvisée dans le Vieux-Québec m’a conduite jusqu’à l’église Notre-Dame-des-Victoires où résonnaient plusieurs chants grégoriens. Je me suis ensuite assise au bord du Saint-Laurent, face au fleuve, pour un moment de calme après plusieurs semaines particulièrement intenses entre Bordeaux, Lille et Québec.
Ces instants de silence et de recul rappellent parfois ce que les colloques nous font oublier : les idées circulent dans les conférences, mais elles mûrissent souvent dans les rencontres, les chemins empruntés par hasard et les moments de contemplation qui leur donnent sens.
Québec aura été pour moi à la fois un lieu de présentation scientifique, de dialogue académique et de réflexion personnelle sur les continuités qui relient les terrains, les recherches et les parcours de vie.





J’ai fortuitement eu l’honneur et le privilège de suivre cette exceptionnelle présentation de madame M. T. Miere à l’ENAP de Québec. J’ai trouvé cette communication particulièrement riche parce que, à mon sens, située à l’entrelacs de plusieurs champs disciplinaires. En plus de l’orientation essentielle de la communication sur les sciences de la communication, sont également convoquées la sociologie (et/ou l’anthropologie) de la santé, la sociologie de l’action publique et, bien entendu, les études sur la gouvernance et les transformations du numérique (une révolution fulgurante avec l’irruption des médias sociaux et alternatives). Ce que j’ai capté comme enseignement de la communication de madame Miéré, c’est le postulat selon lequel la prévention sanitaire aura cessé d’être un problème principalement de transmission de l’information (sciences de la com) pour devenir un problème de médiation sociale, de confiance et surtout de circulation des significations au sein des réseaux d’acteurs multiples!!!
C’est cette multiplicité d’acteurs qui, sous un angle purement sociologique, justifie la pertinence d’une multiplicité de médiations qui, à leur tour, entrainent une construction sociale de la prévention (dans le sens Thomas Luckmann et Peter Berger) pour, enfin, permettre l’adoption des comportements préventifs.
Partant, je suis particulièrement séduit par une lecture interaction juste qui me semble l’approche sociologique la plus féconde à dériver de vos travaux en communication. Votre communication m’a semblé reposer sur une idée fondamentale à savoir (j’extrapole) que la prévention n’existe pas en soi, elle existe parce qu’elle est continuellement construite dans les interactions. George Herbert Mead, Herbert Blumer, Erving Goffman, les monstres sacrés de la pensée interactionniste, nous offrent de belles unités de sens pour rendre intelligible votre concept de » la santé publique distribuée à travers une multiplicité d’acteurs intermédiaires pour une gouvernance du fait sanitaire en termes de prévention ».
Je ne saurais terminer ma contribution critique sans évoquer la dimension épistémologique de votre projet : comment savons-nous ce que nous savons et nous disons sur la santé publique distribuée avec des acteurs intermédiaires multiples pour rendre intelligible la gouvernance sanitaire ? Toujours pour dériver vos travaux vers une perspective sociologique, je privilégierais une posture épistémologique en termes de constructivisme social comme approche principale. La prévention n’est pas une réalité objective. Elle est construite socialement par des acteurs dans des contextes spécifiques. C’est en cela que je suis réfractaires à une théorie générale de la santé distribuée sous l’intermediation d’acteurs multiples culturellement marqués. Bref, à travers vos travaux, vous ouvrez des perspectives d’approfondissement absolument fecondes par-delà les sciences de la communication. Il y a à boire et à manger pour les disciplines connexes. Merci pour votre éclairage scientifique.
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Cher George,
Je te remercie très sincèrement pour ce commentaire particulièrement stimulant.
J’ai été très touchée par la lecture que tu proposes de cette communication et par les ponts que tu établis avec la sociologie de l’action publique, l’interactionnisme symbolique et le constructivisme social.
Tes remarques m’ont permis de prendre du recul sur certains éléments du travail et d’entrevoir plusieurs pistes théoriques que je n’avais pas encore pleinement formulées, notamment autour de la construction sociale de la prévention, des acteurs intermédiaires et des mécanismes de confiance.
Au-delà de la communication elle-même, nos échanges à Québec ont largement contribué à enrichir cette réflexion. C’est aussi ce qui rend les colloques si précieux : les discussions se poursuivent bien au-delà de la présentation et permettent parfois de faire émerger de nouvelles perspectives de recherche.
Merci encore pour ton regard attentif, exigeant et généreux.
Au plaisir de poursuivre ces échanges scientifiques.
Bien amicalement,
Théodora
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