« Une patrie se compose des morts qui l’ont fondée mais aussi des vivants qui la continuent. »
(E. Renan)
Le 18 mai.
Certaines dates ne s’effacent pas.
Elles traversent le temps,
et obligent à trouver des manières de continuer.
1. Les rituels
Après la mort de mon père, ma mère a instauré des rituels.
Une messe.
Un article dans la presse.
Des temps de recueillement.
Une tombe entretenue.
Ces gestes pouvaient sembler simples.
Mais ils donnaient une forme à l’absence.
Ils empêchaient la disparition totale.
Avec le recul, je comprends que ces pratiques n’étaient pas seulement des habitudes familiales.
Elles permettaient de maintenir des liens, une mémoire et une continuité malgré la perte.
2. Transformer la perte
Ma mère n’a pas seulement traversé le veuvage.
Elle a transformé la perte en solidarité.
Au sein d’une association de veuves, elle a accompagné des femmes confrontées à des situations souvent difficiles :
isolement, précarité, démarches administratives, problèmes de santé.
Avec d’autres femmes, elles ont mis en place des formes simples mais essentielles de soutien :
écoute, entraide, rencontres, accompagnement, présence.
Ces pratiques n’étaient pas pensées comme des politiques publiques.
Elles répondaient d’abord à une nécessité humaine :
ne pas rester seule.


Moments de mémoire et de continuité organisés entre Congo, Canada et France depuis 2020.
3. Le collectif
Sur certaines images, elles sont nombreuses, réunies.
Ma mère est là, au milieu.
Aujourd’hui, je ne vois plus seulement une photographie.
Je vois un collectif.
Un espace où l’on se soutient.
Où l’on partage les épreuves.
Où l’on continue malgré tout.
Avec le recul, je comprends que ces espaces produisaient déjà des formes discrètes d’organisation sociale.
Pas d’institution officielle.
Pas de visibilité particulière.
Et pourtant :
du lien circulait,
des soutiens se construisaient,
des équilibres se maintenaient.
4. Tenir ensemble
On pense souvent les sociétés à travers leurs structures visibles :
les institutions, les administrations, les politiques publiques.
Mais face à la perte, ce sont souvent des pratiques ordinaires qui permettent de tenir.
Des repas partagés.
Des visites.
Des paroles échangées.
Des rituels maintenus.
Avec le temps, je comprends autrement ce que j’ai vu enfant.
Ces gestes rendaient la perte habitable.
Ils permettaient de continuer à vivre sans effacer les absents.
Conclusion
Ce que j’ai vu enfant n’était pas seulement un deuil.
C’était une manière d’organiser la continuité.
De maintenir les liens.
De transmettre malgré l’absence.
Entre mémoire intime et mémoire collective, quelque chose continuait à circuler.
Et peut-être est-ce aussi cela, habiter le monde :
faire en sorte que la vie, malgré tout, continue.
🕊️ Claire MIERE
28 juin 1948 – 18 mai 2020
18 mai 2026
